Cartographie métiers Scénariste

ECRIRE POUR LE CINEMA ET LA TELEVISION

Au même titre que l'adage, gouverner c'est prévoir, on peut affirmer qu'écrire c'est prévoir. Devenir scénariste ou script doctor (comprenez docteur en script) demande une planification et une organisation en amont d'un tournage qu'il soit destiné au cinéma ou à la télévision. 

Et si on a tendance à croire que le scénario n'a plus l'utilité d'antan face aux nouveautés technologiques, on fait fausse route. Il sert le propos bien plus que l'on ne pourrait le penser...

 

Scénario : le fond autant que la forme

 

Déjà si vous avez atterri sur cette page, c'est qu'à priori, vous connaissez un peu les rudiments de ce métier. Mais dissipons toute ambiguïté : un scénario n’est pas un roman. Il est souvent considéré comme un document précis qui met en forme dialogue, intrigue ou encore les indications techniques. Un scénario est écrit en fonction d’un langage cinématographique spécifique, il organise le rythme du film, de la série, de la publicité en séquences (alternance jour/nuit, intérieur/extérieur, durée…), il structure l’ensemble du récit en fonction des paramètres fondamentaux que sont l’espace, le temps, le mouvement. 

 

Ça c'est pour sa forme, mais quid de son contenu ? Être scénariste, c’est avant tout raconter une histoire, porter en soi l'envie de la faire vivre. Le scénariste est totalement libre du thème qu'il souhaite aborder, de l’histoire qu’il veut transmettre à ceux qui la regarderont in fine. 

Le scénariste est donc celui qui va donc faire vivre un scénario. Un scénario qui a pu être initié par un producteur, un réalisateur ou bien imaginé par lui-même. L'élaboration d'un scénario consiste à rechercher des documentations, mener des entretiens et des observations en lien avec l'idée, puis à déterminer l'angle du sujet. La rédaction consiste à écrire la note d'intention, le pitch, le synopsis, le traitement, le séquencier et enfin la continuité dialoguée. Pour les séries, la bible et les arches narratives se rajoutent entre le synopsis et le traitement.

Si on devait évoquer une qualité essentielle pour devenir scénariste : l'imagination. Se nourrir de recherches, être curieux, le scénariste structure le récit pour le rendre émouvant ou drôle. Il doit tendre le récit, y apporter une part de suspens ou de mystère, de la tragédie ou de la comédie. Le scénariste est un écrivain qui doit faire abstraction de l’esthétisme des mots au profit de la dynamique du récit. 

Le scénario n’est pas un produit fini. C’est une œuvre que l'on peut qualifier de transitionnelle. Elle n’existe pas en tant qu’œuvre et disparaît lorsque le film naît. Mais sans lui, le film ne peut naître.

On peut être scénariste de films, long-métrages, court-métrages, de films pour la télévision, de séries… mais aussi de bande dessinée et de jeux vidéos.

Mais l'engouement du moment c'est clairement la série. En atteste cette recherche Google « devenir scénariste » qui arrive très tôt dans les mots-clés choisis par les utilisateurs. On constate que la tendance se porte sur le scénariste de séries notamment pour le compte de la plate-forme Netflix.





Un métier toujours dévalorisé mais plus que jamais d'actualité !

 

Depuis quelques années, le métier de scénariste a pris un nouveau tournant avec l'avènement des séries télé et surtout via leur diffusion sur la plate-forme incontournable Netflix. La confusion entre scénariste et script doctor est souvent de mise. D'ailleurs entre la France et les États-Unis, nous n'avons pas la même définition. Outre Atlantique, un script doctor est perçu comme un scénariste à part entière dans la mesure où il est parti prenante de l'histoire. En France, il se contente souvent de donner un avis, ses intentions, et de laisser les auteurs réécrire.

Ce qui n'empêche que le terme script doctor est de plus en plus usité. Un script doctor est un consultant en script qui est amené à améliorer un script à tout moment de la phase de développement, de pré-production ou de production. Certains d'entre eux sont même connus pour apporter des modifications au script de post-production. A l'instar de John Truby, célèbre script doctor de son état sur plus de 1 800 films pour Disney, Universal, Sony Pictures, FOX, HBO, Alliance Atlantis, Paramount, BBC, MTV et plus encore. Les studios font appel à ses services afin « d' améliorer le potentiel dramatique » d'un script de film ou d'une saison de série. C’est la télévision qui a permis l’un des grands changements de ces dernières décennies : « La narration télévisuelle est vraiment devenue une forme d’art ces quinze dernières années. Elle autorise une structure narrative puissante puisqu’elle permet d’introduire des histoires parallèles dans une même séquence. Cette structure est inspirée des nouvelles du XIXe siècle. 

Si avant seul le cinéma était pourvoyeur d'emplois dans ce domaine, désormais le spectre des opportunités ne cesse de s'élargir. Avec l'apparition des plate-formes web, le développement des webséries et des formats-court, le champ des possibles s'est considérablement étoffé. 

De plus en plus de fictions et de documentaires audiovisuels utilisent des procédés d'animation et d'effets visuels. Les scénaristes doivent ainsi être en veille sur ces procédés et leur coût pour les intégrer dans leurs scénarios. Il n'empêche que l'essence même du métier de scénariste ne peut être dénaturé. Les nouvelles formes d’écriture ne rendent pas la grammaire du scénario obsolète. Au contraire, la multiplicité des narrations qui évoluent dans une même séquence ne fait que renforcer l’importance de la structure : «Le pouvoir de la réalité virtuelle ne se situe pas au niveau de la scène, il se situe au niveau de l’immersion. Mais pour maîtriser une narration à 360° qui inclut plusieurs histoires qui se déroulent en même temps, il faut appliquer une grammaire stricte », détaille le célèbre scénariste américain. Cela signifie que quand le spectateur regarde dans une direction, les histoires continuent dans les autres, et pour cela il faut conserver la mise en forme par séquences. 

Pour le script doctor, la sophistication ne sert pas nécessairement la narration. Bien connaître le genre dans lequel on s’inscrit, permet au contraire de stabiliser la structure. La réduction des délais de mise en production des séries et des téléfilms a pour conséquence de diminuer le temps consacré à l'écriture des scénarios, ce qui demande aux scénaristes une organisation très rigoureuse pour respecter les plannings d'écriture. Dans ce contexte une nouvelle fonction apparaît : le showrunner. Son rôle est à la fois celui d'un scénariste, garant de la valeur artistique de la série, mais aussi celui de chef d'orchestre qui supervise le processus de production, de la salle d'écriture au plateau de tournage, jusqu'au montage final si nécessaire.

 

Une rémunération au juste prix ?

 

On a jamais autant consommé de séries, de documentaires que ces dix dernières années. Le boom du métier en atteste. Aujourd’hui en France, 60 % des films sont écrits à plusieurs : 54 % en coécriture, et 6 % sans metteurs en scène (mais la plupart du temps à plusieurs scénaristes) » et donc 40 % des scénarios écrits en solitaire. Il ne faut donc pas négliger cette tendance à l’exploitation du premier maillon de la chaîne d’un film. Devenir scénariste ou script doctor en 2020 a donc un bel avenir, mais qui peut être terni par ceux qui ne le reconnaissent pas à sa juste valeur. 

 

La rémunération des scénaristes se fait en principe en plusieurs temps, à la signature du contrat, à la remise du traitement, puis à celle du développement de la continuité dialoguée. Le minimum garanti est en moyenne de 20 000 euros.

En ce qui concerne la réalité, le constat est moins rose. Des dizaines de scénarios sont bradés (payés moins de 5 000 euros) voire non rémunérés, le minimum garanti n’étant en réalité jamais garanti. Une enquête récente, intitulée « Scénaristes de cinéma : un autoportrait » mentionne même l’existence de « faux contrats » destinés à tromper les commissions. Sans compter la grande propension des producteurs à utiliser les subventions dédiées à l’écriture pour d’autres buts. 

 

Mais cette part sombre de la profession n'est ce qu'il faut en retenir. Avec environ 7 millions d'abonnés en France, le patron de Netflix a annoncé en début d'année vouloir investir au moins 25 % du chiffre d'affaires réalisé en France dans la production d'œuvres françaises ou européennes. Ce qui va impliquer de renforcer la production de contenus français pour satisfaire aux exigences du public local. Encore modeste par rapport aux investissements des chaînes françaises, le budget tricolore de la plate-forme devrait continuer être exponentiel. Une belle embellie pour le métier de scénariste !

 

Pour aller plus loin, voici une infographie de Hugues Bertiaux publiée sur lecteursanonymes.org. Cette infographie permet de dessiner le portrait robot du scénariste en France : en majorité un homme de 36 ans qui écrit un scénario (drame ou comédie) de 101 pages en utilisant la police Courier.