Cartographie métiers steadicamer (opérateur steadicam)


Steadicam : la précision au service de l'image

Lorsqu'il a fait son apparition dans le cinéma américain des années 70, le steadicam a littéralement bouleversé les codes de l'image. Plus qu'un simple système de stabilisation de la caméra, le steadicam est devenu un outil de mise en scène à part entière et n'a pas tardé à conquérir l'intégralité du monde de l'image : fiction, télévision, sport... Tout le monde ou presque utilise ce procédé qui a su et dû s'adapter au progrès technique au fil du temps.
Un outil qui pour autant ne se manipule pas avec improvisation. Être steadicamer (opérateur steadicam) reste un métier à part entière qui nécessite connaissances techniques et artistiques afin d'exploiter le spectre des possibilités qu'offre un tel objet.


Des plans sans oscillations

Afin de mieux cerner la profession de steadicamer, revenons d'abord sur l'outil lui-même. Qu'est-ce qu'un steadicam ? Quels sont ses atouts et ses contraintes ? Un steadicam (littéralement "steadi camera" ou caméra stable) est un système de stabilisateur d'image pour caméra portée. Il permet de capturer des plans de suivi avec des caméras de cinéma. Il isole le mouvement du cameraman et rend la prise de vue fluide et contrôlée, capturant l'action sans aucune oscillation. Un steadicam combine la stabilité d'un trépied avec la fluidité d'un chariot et la flexibilité d'une caméra à main. Il absorbe donc les chocs et les secousses, même si la caméra est bousculée ou se déplace sur une surface inégale, la prise de vue apparaîtra toujours lisse.
Avant l'introduction du steadicam, les réalisateurs capturaient des travellings en utilisant l'une des deux méthodes suivantes : soit ils montaient la caméra sur un chariot et la faisaient rouler, ce qui prend beaucoup de temps à mettre en place, soit le cameraman la tenait, ce qui générait souvent des images dites tremblantes. Avec ce système, le cameraman est ainsi libéré de la machinerie classique ce qui lui confère une mobilité sans précédent, quelle que soit la vitesse de déplacement, car la caméra est directement fixée au corps de l’opérateur et les à-coups sont compensés par un système de contrepoids. 

Comme souvent dans l’histoire de l’évolution des techniques cinématographiques, c'est une demande artistique qui est à l’origine du progrès. Bien plus, l’invention du steadicam marque aussi l’apparition d’un nouveau langage et ouvre de nouvelles potentialités créatives. Une fois que les réalisateurs ont vu le steadicam en action, il est devenu un équipement incontournable. Par exemple, Martin Scorsese a d'abord utilisé le steadicam pour filmer Raging Bull (1980). Puis c'est au tour de Quentin Tarantino d'en faire une superbe exploitation dans son film, Pulp Fiction, dans la fameuse scène des couloirs.
L'utilisation du steadicam dans les films ainsi qu'à la télévision est devenue très répandue et chacun a déjà vu et voit au quotidien, même sans le savoir, des plans faits avec. Souvent critiqué, il a su cependant se forger une place importante dans le cinéma et il est rare qu'une production ne fasse pas appel à cet outil. Dans le domaine du sport, le steadicam a également pris une place de choix : dans les stades, les steadicamers font désormais partie du « décor ».
Tout comme la plupart des inventions inhérentes au cinéma, cet instrument apporte à la fois une dimension technique et artistique. Technique, car il permet la résolution d'un problème pratique (le manque de stabilité d'un plan fait à l'épaule) et artistique, car son utilisation apporte à un plan, une sensation différente. En effet, avec l'usage du steadicam, le public est complètement immergé dans l'histoire ou le show, lui permettant d'établir des liens émotionnels avec les personnages et les acteurs en question. Son utilisation lors d'un match de football procure, sans vraiment s'en rendre compte, la sensation de jouer à côté des sportifs, plutôt que de les regarder de loin. Un sentiment de liberté de déplacement que seule l’utilisation du steadicam permet de ressentir.

Steadicamer : l'homme et la machine

On aurait tort de penser que le steadicamer est une « extension » de la profession de cameraman. Certes, ce sont souvent des cameramans qui dans le temps se spécialisent et deviennent steadicamers, mais il faut toujours garder à l'esprit qu'être steadicamer reste un métier à part entière. Un métier qui incombe une pratique. On ne se sert pas d'un steadicam du jour au lendemain et la formation est en ce sens ultrabénéfique. C’est d’ailleurs l’un des grands points forts de son inventeur, Garrett Brown : ce dernier a tout de suite compris qu’il fallait former les gens et a rapidement organisé des ateliers dans lesquels on acquiert les bases : comment ça fonctionne, comment travailler en l’équipe, adopter les bonnes postures, les déplacements ? Il y a des gammes et des exercices à faire : pénétrer des couloirs, monter et descendre des escaliers, passer des portes et connaître des combinaisons de mouvements de caméra pour suivre ou précéder des comédiens par exemple.
Mais ces formations ne suffisent pas pour pouvoir exercer pleinement ce métier. Un bagage préalable est nécessaire à tout opérateur de steadicam. Il faut avoir, au départ, une véritable expérience de l'image et connaître les rudiments du cadrage, les contours d'une production...Ce sont souvent des cadreurs qui se spécialisent, mais pas toujours !


Un métier physique

Devenir steadicamer est complexe et requiert une excellente condition physique. Si auparavant, les prises de vue fluides devaient être préparées grâce à un montage très fastidieux d'un grand nombre d'équipements, de nos jours, faire fonctionner un steadicam demande encore beaucoup d'expertise et d'efforts physiques.
L'équipement dont un opérateur steadicam est responsable, pèse environ 40 kg et doit être porté pendant de longues périodes lors de l'exécution de mouvements. Une excellente forme physique est donc essentielle. Il faut du temps pour régler un steadicam et parvenir à équilibrer une caméra dessus. Les opérateurs de steadicam doivent être aussi expérimentés que patients et parfaitement maîtriser cette partie du travail avant de débuter leur prise de vue. Ensuite, lors du tournage (généralement en marchant, en courant, et même à reculons), il doit faire preuve d'agilité et éviter les risques que comporte le transport d'un équipement aussi lourd sur leurs épaules et les hanches. Certains films tournés en 3D nécessitent parfois d'avoir deux caméras à supporter pendant plusieurs heures sur plusieurs jours. L’opérateur Steadicam doit savoir aussi travailler en osmose avec l’équipe technique gravitant autour de la caméra. La collaboration avec les comédiens est également essentielle, car il y a un rapport direct avec les acteurs d'un clip, d'un film ou d'un documentaire. Les déplacements sont d’ailleurs l’une des plus grandes difficultés à surmonter pour un steadicamer.

Outre la condition physique, devenir steadicamer nécessité aussi d'autres compétences et qualités fondamentales :

− Connaissance des différents types d’objectifs et équipements
− Créativité
− Capacité à se tenir au courant des dernières technologies
− Communication.
− Souci du détail, réflexion rapide et résolution de problèmes

 

L'aspect financier concernant l’acquisition du matériel peut également être un frein pour se lancer dans la profession. Si dans de nombreux pays, les steadicamers viennent sur les tournages avec leur propre matériel, qu’ils louent à la production. Ce procédé n’est guère possible en France puisqu’un intermittent ne peut pas être à la tête d’une société louant le matériel. Le coût d’un Steadicam – pouvant monter jusqu’à 80 000 euros pour un matériel complet et compétitif -, n’est également pas supportable par tout le monde. C'est pourquoi l'équipement se loue traditionnellement à la journée ou pour le temps du projet.
Les heures de travail d'un opérateur steadicam varient en fonction du type de production ou d'événements sportifs. On part souvent sur une journée de huit heures, mais les aléas et la flexibilité sont souvent de rigueur. Si le poste à pourvoir est pour la télévision, les horaires sont généralement fixes. Ce qui est moins souvent le cas dans le domaine de la fiction.
Pour ce qui est du salaire, cela dépendra de votre niveau d'avancement et d'expérience, et encore du type de production sur laquelle vous travaillerez. L'Association française des cadreurs steadicam (AFCS) a communiqué sur son site internet un tableau des tarifs pratiqués.
Par exemple, pour une journée de tournage pour une fiction, l'intermittent peut percevoir environ 650 euros brut. Certains font également des forfaits à 39 heures pour environ 2400 euros brut. Tout ceci n'est qu'à titre indicatif et dépend de nombreux facteurs pouvant interférer sur le montant de la prestation.

In fine, un métier technique et artistique qui convient avant tout aux passionnés de l'image. Bien qu'il soit aujourd'hui en concurrence avec les évolutions technologiques telles que les nacelles avec des têtes gyrostabilisées, le steadicam n'est pas encore prêt d'être détrôné. Son inventeur a récemment confié : « Si le plan devenait complètement stable, cela serait ridicule du point de vue de la vraie vie, le steadicam a un côté plus naturel. J’ai inventé non pas une machine, mais un instrument, comme un instrument de musique. Si le steadicam n’est pas manié par un opérateur de talent, ce n’est rien. Un bon instrument de musique joué par un mauvais interprète ne donnera jamais rien ».